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L'Allée des vivresle marché gabonais, étal par étal

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Arrivage · Cameroun

Kyé-Ossi, Abang-Minko'o, Eboro : le chemin du plantain camerounais

Au marché de Libreville, rien ne distingue un régime de plantain gabonais d'un régime venu du Cameroun. Pourtant, une partie des bananes, des oignons et des tomates a passé la frontière nord quelques jours plus tôt. Suivre ce trajet aide à comprendre pourquoi les prix montent parfois d'un coup.

Trois marchés de frontière

Le nord du Gabon touche le Cameroun et la Guinée équatoriale. C'est dans cette zone des trois frontières, autour de la région du Woleu-Ntem côté gabonais, que se trouvent les marchés par lesquels passent une bonne partie des vivres camerounais destinés au Gabon.

Ouvrier chargeant des régimes de bananes dans un camion, dans une bananeraie
Le chargement des régimes, avant la longue route vers les marchés.
Étal de marché couvert de mains de bananes jaunes et rouges
À l'arrivée, les régimes sont revendus en mains ou au tas.

Ce que disent les chiffres

Les données sont rares et vieillissent vite, mais elles vont dans le même sens. Une étude du CIRAD publiée en 2002 estimait que le Cameroun exportait environ 1 000 tonnes de plantain par an vers les pays d'Afrique centrale, dont environ 90 % vers le Gabon. Ces chiffres sont anciens, mais ils montrent que le Gabon est depuis longtemps le premier client de ce commerce.

Plus récemment, l'institut de statistique du Cameroun a évalué à 3,30 milliards de FCFA le commerce informel du Cameroun vers le Gabon en 2024. La banane plantain en représentait 16,7 %, après une baisse de 51,4 % sur un an. Suivaient le manioc (9,5 %), l'arachide (8,2 %) et l'oignon (6,1 %). Vu du Cameroun, ce commerce reste modeste : le Gabon ne pèse que 0,9 % de ses échanges informels.

Repères datés

2002 (CIRAD) : environ 1 000 t de plantain camerounais exportées par an en Afrique centrale, environ 90 % vers le Gabon.

2024 (institut de statistique du Cameroun) : 3,30 milliards de FCFA de commerce informel vers le Gabon, dont 16,7 % de plantain.

Février 2020 : grève à Eboro, prix multipliés par trois ou quatre à Libreville pendant environ deux semaines.

Quand la frontière se ferme, le prix grimpe

L'épisode le plus parlant date de février 2020. Une grève a bloqué les échanges au marché d'Eboro. Pendant environ deux semaines, les produits vivriers venus du Cameroun ont manqué à Libreville, et leurs prix ont été multipliés par trois ou quatre. Le retour des camions a suffi à faire redescendre les étals à leur niveau habituel.

D'autres causes, moins spectaculaires, pèsent en permanence. Selon la presse gabonaise, en mars 2026, les « faux frais » et les contrôles le long de la route renchérissaient les produits vendus à Bitam, côté gabonais, et à Ebibeyin, côté équato-guinéen. Chaque arrêt sur la route finit par se retrouver dans le prix du tas.

Pas seulement du plantain

Le plantain n'est pas seul sur les camions. À Eboro, les grossistes chargent aussi des choux, des carottes, des oignons, des poivrons et des tomates, des légumes que l'on retrouve ensuite sur les étals de Libreville. Les statistiques camerounaises de 2024 citent également le manioc, l'arachide et l'oignon parmi les principaux produits vendus au Gabon par le commerce informel.

Ces légumes n'ont pas tous la même résistance au voyage. Les oignons et les choux supportent bien la route ; les tomates, plus fragiles, arrivent parfois abîmées. Au marché, mieux vaut les choisir une à une plutôt qu'en tas fermé, et les cuisiner rapidement. Les oignons, eux, se gardent plusieurs semaines dans un endroit sec et aéré : c'est le produit du nord qu'on peut acheter d'avance quand son prix baisse.

Ce que l'acheteur peut en faire

Au marché, on ne voit pas l'origine d'un régime de plantain. Mais quelques réflexes aident :

Au marché Banane du PK8, à l'entrée de Libreville, on mesure bien ces variations : c'est de là que les régimes repartent vers les autres marchés de la ville, présentés sur la page des marchés du Grand Libreville.

Le voisin, ce n'est pas le lointain

Le plantain camerounais n'a pas traversé un océan. Il vient d'un pays voisin, par la route, en quelques jours. C'est un commerce de voisinage, ancien, qui fait partie de la vie des marchés de la région. Le distinguer du riz ou du poulet congelé, venus de l'autre bout du monde, permet de mieux comprendre ce que veut dire manger local dans un pays où les frontières traversent les mêmes forêts.

Prix et dates sont des repères tirés de la presse et des rapports cités : au marché, tout se discute et tout change vite.