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Arrivage · Congo

Pâte de manioc : quand le Congo manque, Libreville manque

Le bâton de manioc semble le produit gabonais par excellence. Pourtant, une partie de la pâte qui sert à le fabriquer arrive du Congo voisin. En mars 2023, quand l'arrivage a manqué, les dépôts de Libreville se sont vidés et les prix ont bondi.

Un même produit des deux côtés de la frontière

Au Congo comme au Gabon, le manioc fermenté et cuit dans des feuilles est l'accompagnement de base. On l'appelle chikwangue, ou kwanga en lingala. Au Gabon, on dit bâton de manioc, et les Fang l'appellent agnizock. La recette est la même : un tubercule mis à rouir dans l'eau, pilé, précuit, roulé dans des feuilles et cuit longuement.

Cette parenté rend le commerce facile. La pâte rouie, première étape de la fabrication, se transporte en sacs et se revend aux dépôts, où les familles et les fabricantes de bâtons viennent s'approvisionner. Le manioc et la banane arrivent aussi par la route depuis le Congo, comme le rappelait la presse gabonaise en mars 2022. Le trajet est long, et chaque difficulté sur la route se répercute sur les étals de la capitale.

Racines de manioc fraîchement récoltées, coupées, chair blanche
Le manioc frais doit être transformé vite : la pâte rouie voyage mieux.
Grande marmite remplie de morceaux de manioc
Morceaux de manioc en marmite : le point de départ de la pâte comme du bâton.

Mars 2023 : la rupture

En mars 2023, les dépôts de pâte de manioc du Grand Libreville se sont retrouvés en rupture de stock. La presse gabonaise a relié cette pénurie à l'arrivage depuis le Congo, d'où vient une partie de la pâte vendue dans la capitale. Les prix ont suivi immédiatement : le sachet de pâte est passé de 4 500 à 7 500 FCFA, et le petit bâton de 250 à 350 FCFA, parfois davantage.

Un an plus tôt, en mars 2022, une première hausse avait été signalée à Libreville : un format de bâton était passé de 400 à 500 FCFA. Les deux épisodes montrent la même fragilité : une capitale qui consomme beaucoup de manioc et dépend en partie de l'extérieur pour s'en procurer.

Repères datés

Mars 2022, Libreville : un format de bâton passe de 400 à 500 FCFA.

Mars 2023, Grand Libreville : rupture dans les dépôts ; sachet de pâte de 4 500 à 7 500 FCFA, petit bâton de 250 à 350 FCFA et plus.

Combien vient de l'extérieur

Les chiffres précis manquent. Un chercheur cité par la presse gabonaise estimait les importations de manioc du pays à plus de 90 000 tonnes par an. Ce chiffre comprend toutes les formes et toutes les origines, et ne dit pas quelle part vient du Congo. Il donne seulement un ordre de grandeur : le Gabon produit beaucoup de manioc, mais pas assez pour sa consommation.

La qualité de ce qui circule est surveillée. En novembre 2021, l'agence gabonaise chargée de la sécurité sanitaire des aliments a contrôlé des entrepôts de manioc roui à Akébé et au marché Banane du PK8, à Libreville.

Regarder un sachet de pâte

Qu'elle vienne du Congo ou d'une fabrication locale, la pâte rouie s'achète avec les mêmes précautions. Elle doit être blanche ou légèrement crème, homogène, sans grumeaux secs ni corps étrangers. Son odeur est acidulée, ce qui est normal après la fermentation, mais elle ne doit pas sentir le pourri. Un sachet percé, gonflé ou qui suinte est à laisser de côté.

Demandez depuis quand la pâte est arrivée au dépôt. La pâte rouie n'est pas un produit qui attend : elle se transforme en bâtons dans les jours qui suivent, et se garde au frais en attendant. En cas de doute sur l'aspect ou l'odeur, mieux vaut renoncer, même en pleine pénurie.

Que faire quand les dépôts sont vides

Le Congo dans l'assiette

Le voisinage ne s'arrête pas au manioc. Les deux pays partagent de nombreuses habitudes de cuisine : les feuilles de manioc pilées, que le Congo prépare en saka-saka, plat national, avec du poisson fumé, de l'arachide et de l'huile de palme ; ou les sauces à la noix de palme, que l'on appelle moambe dans le bassin du Congo et nyembwe au Gabon. Ces correspondances sont rassemblées sur la page des feuilles des voisins.

Pour l'acheteur de Libreville, retenir que la pâte de manioc a souvent fait un long trajet est surtout utile pour anticiper : quand le Congo manque, Libreville manque, et le bâton de manioc devient plus cher en quelques jours.

Prix et dates sont des repères tirés de la presse et des rapports cités : au marché, tout se discute et tout change vite.